Former un groupe intergénérationnel : un vrai défi ?

Former un groupe intergénérationnel : un vrai défi ?

Lundi, Août 31, 2026

Quatre générations, une seule salle

Il y a encore vingt ans, un groupe en formation avait souvent une certaine homogénéité d'âge. Aujourd'hui, il n'est plus rare d'animer une session où cohabitent un apprenant de 22 ans et un collègue de 58 ans, parfois plus. Allongement des carrières, reconversions à tout âge, digitalisation accélérée des métiers : vos groupes n'ont probablement jamais été aussi mélangés en âge qu'aujourd'hui.

Et pourtant, cette réalité reste étrangement absente des ouvrages sur la formation. On trouve une littérature abondante sur le management intergénérationnel en entreprise : comment un manager fédère une équipe de plusieurs générations. Mais sur ce qui se joue précisément en salle de formation, entre un formateur et un groupe d'apprenants d'âges très différents, le silence est presque total.

C'est pourtant un défi bien réel, et souvent sous-estimé.

Le piège des clichés générationnels

Avant d'aller plus loin, une mise en garde : le sujet des "générations" est truffé de raccourcis. "Les jeunes sont impatients", "les seniors sont lents à s'adapter"..., ces clichés ont la vie dure, mais ils masquent la vraie question.

Ce qui crée réellement de la friction dans une salle mixte, ce n'est pas l'âge en soi. Ce sont des rapports différents :

  • Au temps : certains veulent aller vite, d'autres ont besoin de prendre le temps d'intégrer,
  • À l'autorité : certains attendent un cadre clair, d'autres questionnent naturellement chaque consigne,
  • Au digital : l'aisance avec les outils varie énormément, indépendamment même de l'âge parfois,
  • À la prise de parole : certains s'expriment spontanément, d'autres attendent d'être sollicités.

Réduire ces différences à une question de génération est confortable, mais ça empêche de voir ce qui se passe vraiment dans la salle.

Ce qui se joue concrètement en formation

Voici les situations qui reviennent le plus souvent quand on anime des groupes mixtes en âge :

Le décalage de rythme. Une partie du groupe a déjà compris et s'ennuie, l'autre est encore en train d'assimiler. Sans ajustement, vous perdez l'un des deux camps.

La méfiance silencieuse. Un participant plus expérimenté peut percevoir un contenu comme "trop basique" ou déjà connu, sans le dire ouvertement, ce qui se traduit par un désengagement discret plutôt qu'une objection franche.

L'inconfort face aux outils. Un exercice digital peut créer une vraie fracture si une partie du groupe n'est pas à l'aise, générant frustration et sentiment d'exclusion.

Le rapport différent à l'erreur. Certains apprenants n'osent pas se tromper devant un groupe plus jeune ou plus expérimenté qu'eux, la peur du jugement intergénérationnel est un frein d'apprentissage réel, rarement nommé.

Ce que ça change pour votre posture de formateur

C'est ici que la méthode LoL prend tout son sens face à ce défi précis.

Observation — Un groupe mixte en âge ne se pilote pas avec un déroulé unique et rigide. Il faut observer en continu qui décroche, qui s'ennuie, qui n'ose pas parler et ajuster en temps réel plutôt que de dérouler mécaniquement votre plan initial.

Légèreté — Désamorcer les tensions silencieuses passe souvent par l'humour et une posture qui n'installe pas de hiérarchie entre "ceux qui savent" et "ceux qui apprennent". Cela vaut particulièrement dans un groupe où l'expérience de chacun est très inégale.

Libération — Transformer la diversité générationnelle en ressource plutôt qu'en obstacle : faire binômer un participant à l'aise avec le digital avec un participant plus expérimenté sur le fond, par exemple. Le mentorat croisé fonctionne étonnamment bien quand on lui laisse une vraie place.

Une piste concrète : le mentorat inversé en mini-format

Une technique simple à tester : en binôme, chaque participant explique à l'autre une chose qu'il maîtrise mieux (un outil digital pour l'un, une situation professionnelle vécue pour l'autre). Cela déplace immédiatement le rapport de force implicite lié à l'âge ou à l'expérience, et remet chacun en position de contributeur, pas seulement de récepteur.

Un sujet qui mérite d'être creusé

Ce que je constate sur le terrain, c'est que ce défi est rarement nommé explicitement par les formateurs eux-mêmes, souvent vécu comme une gêne diffuse plutôt qu'identifié comme un vrai enjeu pédagogique. Pourtant, plus nos groupes se mélangent en âge, plus cette compétence va devenir centrale dans le métier de formateur.

N'hésitez pas à partager en commentaire vos propres expériences de groupes très mixtes en âge, ça nourrira certainement beaucoup de formations.

Pour aller plus loin

  • Découvrez comment la méthode LoL peut vous aider pour ce type de défi en formation.
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